Dis maman, comment on fait les bébés ?

Publié le par Thulip


Le jour viendra peut-être où je devrais répondre à une telle question. Il faudra que je me rappelle qu'expliquer la procréation, ce n'est pas expliquer comment on fait l'amour.


 

Source image

Habituellement, lorsque je cite un article, je n’en retiens que les parties qui m’intéressent. Celui que je vous soumets aujourd’hui, est entièrement cité (liens en fin de page), tant sa qualité se suffit en elle-même.

Dans la même lignée qui m'a fait bondir sur mon précédent article, c'est une réaction à un énième article dans la presse féminine.

J'ai envie de vous le faire partager.

Ceci parce que tous les étés, foisonnent des "articles sexo" dans notre presse, et qu'on y véhicule systématiquement les mêmes idées reçues. Ceci parce que c'est le type même de chose que j'aurai voulu lire lorsque j'étais adolescente. A la place de quoi, j'ai lu de la presse féminine, et sincèrement, ce n'est pas un grand service que l'on rend aux plus jeunes d'entre nous.

C'est un article sérieux, nécessaire, un peu long certes, mais nous sommes en week-end, imprimez le pour aller le lire au soleil et revenez me donner vos avis. Merci :)

 

Un pas en avant, deux pas en arrière

mardi 26 mars 2002, par M. Tramblay

Lettre à Femme Plus *

Je bous, je rage en lisant votre article "Aimons-nous vraiment la pénétration ?" (Août 1998). Je suis surprise et attristée que l'on puisse encore parler d'orgasmes vaginal et clitoridien. Dit-on d'un homme qu'il est "pénissien" ou "testiculien" ? Ridicule ! Vous amenez une référence en citant l'enquête "Analyse des comportements sexuels en France", je suis moi-même française et le livre La sexualité des femmes, F.Magazine, préface de Marie Cardinal, 1980, est une autre référence. Il révèle franchement et d'une manière impartiale les résultats d'une enquête menée auprès de 13.000 françaises et je m'aperçois que ce livre n'a pas beaucoup vieilli ! En voici quelques extraits :

« Les travaux de Kinsey (en 1950 !), de Master et Johnson contredisent ce que disent les pères de la psychanalyse. Leurs observations ont apporté la preuve qu'il n'y a pas de distinction à faire entre orgasmes vaginal et clitoridien. La théorie psychanalytique a crée une séparation nette et sans appel entre deux orgasmes qu'elle veut étrangers l'un à l'autre. L'un symbolise la normalité, l'autre l'immaturité. Or, tout ceci est faux. Malgré les travaux récents et l'importance de la sexologie dans les médias, la confusion reste maintenue. En effet, il n'existe aucune différence entre un orgasme obtenu par une stimulation digitale ou buccale du clitoris et un orgasme provenant de l'excitation provoquée par le frottement du pénis (pendant la pénétration) sur le clitoris. Si dans ce dernier cas, on peut parler d'orgasme vaginal, c'est seulement parce qu'il y a eu, là aussi, stimulation clitoridienne. »

« ...bien que la pénétration soit une caresse agréable, elle n'est ni nécessaire et rarement suffisante pour arriver à l'orgasme. ». « ...le mythe de la pénétration a la vie dure (films, littérature,...) l'homme se dit que plus son érection durera longtemps et plus il a de chance de faire jouir sa partenaire. Laquelle sait très bien que, très souvent, il pourrait bien tenir une heure, cela ne changerait rien si ni lui, ni elle ne se décident à "titiller" le clitoris. » De plus, n'entendons-nous pas, encore aujourd'hui, le temps des premiers rapports, des hommes s'excuser parce qu'ils ont joui avant nous. Comme si il y avait un ordre à respecter et qu'il n'avait plus rien à faire après le coït. Jouir ne leur a jamais coupé un bras !

« Les femmes ont déjà appris à leurs dépens que l'ordre de la nature est utilisé pour les persuader de réalités sociales qui n'ont rien de naturelles. Ainsi, les autres plaisirs sexuels ne sont pas reconnus comme indispensables. Un seul modèle sexuel : la pénétration vaginale. La jouissance masculine devient l'exemple de toute jouissance. Si la femme ne jouit pas ainsi, c'est qu'elle n'est pas faite pour le plaisir ! »

Je reconnais que c'est parfois délicieux de sentir en soi le partenaire que l'on aime. Je reconnais également que ce plaisir s'accompagne aussi du désir de jouir afin de mener à l'apogée cette union sexuelle et de lui rendre hommage. Mais il faut bien comprendre que la pénétration est d'autant plus intense que les liens sont forts. Sinon, on a vite fait de ne plus rien sentir. Et comme vous le préciser, le plaisir au niveau du vagin est très mental d'où l'importance de mettre l'emphase sur les caresses et non sur la pénétration durant les tous premiers rapports pour faire meilleure connaissance.

La plupart des femmes pourraient se passer de la pénétration mais certainement pas des caresses qui leur garantissent la jouissance. Malheureusement, les caresses érotiques, secondaires et à la fois tabous, surviennent, généralement, plus tard dans la relation. Pourtant, uniquement se caresser, c'est aussi faire l'amour. Les caresses sont beaucoup plus que des attouchements parce qu'elles impliquent la découverte intime de l'autre. Sentir avec ses doigts, sa bouche, son corps, serrer contre soi, embrasser, c'est aussi un moyen de connaissance et d'échange avec l'autre qui n'est pas le privilège de l'acte reproducteur et parfois bien au contraire !

Bref, nous fonctionnons à l'envers. La norme sexuelle fait en sorte que beaucoup trop de femmes ne jouissent pas lors du premier rapport sexuel avec leur nouveau partenaire - et je ne parle pas du tout premier rapport (perte de la virginité) qui reste encore dans la plupart des cas très normatif. De plus, beaucoup de jeunes filles deviennent rapidement enceintes et de jeunes garçons ayant besoins de caresses mais n'osant l'exprimer ont vite fait de se sentir impuissants. La notion de "faire l'amour" demeure fortement rattachée à "comment faire des enfants", surtout dans l'éducation sexuelle chez les enfants et les adolescents.

Quand bien même la conception d'un enfant peut se révéler sacrée dans nos esprits, nous devrions nous rappeler qu'avant de se reproduire, il faut avant tout savoir s'aimer.

Le sexe caché de la femme est autant tabou que convoité et forcément ignoré. Le clitoris n'est pas encore une référence d'identité sexuelle car il n'a tout simplement pas de rôle dans la reproduction. Femme = vagin, alors que ce dernier est destiné avant tout à la reproduction, expliquant de ce fait qu'il soit beaucoup moins innervé que le clitoris qui demeure tout aussi "extérieur" que le pénis de l'homme. Combien de femmes et d'hommes en ont réellement pris conscience ? Peu. Combien de jeunes adolescentes aujourd'hui comprennent la portée et l'importance de connaître leur clitoris pour satisfaire leur désir sexuel avant d'entreprendre tout rapport sexuel ? apparemment très peu.

Est-ce si difficile d'admettre que l'orgasme féminin n'est pas directement lié au mode reproducteur et qu'il ne le sera jamais ? Cette recherche désespérée d'un orgasme plus "normal" jusqu'à l'absurde, est-ce le reflet d'une frustration née de la différence ?

Par ailleurs, doit-on justement (selon vos témoignages) exprimer notre "féminitude" (insécurité, soumission,...) au travers de l'acte sexuel. Ne devrait-on pas plutôt intégrer en nous des valeurs dites masculines afin de devenir des êtres confiants et complets.

Tôt ou tard, il nous faudra admettre que la pénétration est avant tout le moyen le plus efficace de se reproduire mais qu'il n'intègre pas systématiquement une égalité des plaisirs. C'est dans les caresses que les partenaires recherchent et élaborent une communication égalitaire et harmonieuse. Elles reflètent l'évolution du genre humain dans sa recherche d'harmonie et de communion. Elles sont en mon sens tout aussi importantes et spirituelles que la pénétration. Mais avant d'atteindre ce stade, nous devrons évoluer au-delà de nos attaches biologiques et dogmatiques. Transcender l'illusion de fusion corporelle qu'entraîne la pénétration. La véritable fusion s'exprime au niveau spirituel.

Finalement, je m'aperçois que les prises de conscience collectives requièrent un long processus cyclique : un pas en avant, deux pas en arrière.

* Femme Plus

Courrier des lecteurs 7, chemin Bates Outremont (Québec)


Je remercie l'auteure de cette contribution, je m'excuse de ne pas avoir pu l'en avertir au préalable, le site sur lequel a été publié l'article n'étant plus en activité depuis 2002 et ne mentionnant pas les adresses personnelles.


 

Et vous, comment vous en êtes-vous sorti entre ce que véhiculent les média, ce que vos parents et amis ont pu vous dire, ce que la société nous apprend, ce que vous avez appris en cours de "sciences naturelles" ou de "sciences et vie de la terre" au collège, ce que vous avez pu lire ici et ailleurs ?

N'avez-vous pas l'impression que si l'on écoutait tout ce que l'on nous dit à ce sujet, nous serions des êtres amputés d'une part importante de notre personnalité, hommes et femmes ?


Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
T
@Fred : Vieux jeu ? Non je ne pense pas. Je trouve ton commentaire très intéressant, car en le lisant je me suis demandée si cette manière froide, technique, médicale et mercantile d'aborder le sexe n'est pas une manière de se rassurer d'une part, et si d'autre part, ce n'est pas une manière de "rentabiliser".Je m'explique. Dans le marketing et le commerce,on aime prévoir comment les gens vont réagir (ça permet de savoir ce qui leur parle, ce qui va se vendre,et d'être les premiers...), on aime même programmer les réactions de telle ou telle manière. Donc si on dit par exemple aux hommes que le fantasme absolu c'est de faire l'amour avec trois femmes et qu'ils le croient, ils seront sensibles aux pubs qui montrent deux femmes enlacées qui regardent le consommateur d'un regard transi de désir... Le marketing, ce n'est pas seulement analyser ce que les gens veulent, mais aussi susciter en eux des besoins qu'ils n'avaient pas imaginés. Nous baignons dans un environnement qui nous montre "la dure réalité des choses" comme tu le dis si bien. A nous de découvrir que cette réalité ne s'arrêtent pas au discours ambiant (ce qui promet d'être compliqué). Elle a vu le loup, nous dit Renaud, mais sa chanson est tellement poétique, les choses y sont si joliment dites, qu'on peut la faire écouter aux enfants, qui y comprendront, ce que leur âge leur permet de comprendre.Expliquer le côté technique de la chose, indispensable oui, mais il ne faut surtout pas s'arrêter à ça, c'est nécessaire, mais c'est là que ça se complique ;)
Répondre
F
Et les choux et les roses !? Zut alors moi qui pensait que... la poésie avait encore son rôle à jouer dans tout cela. Ca me rappelle une chanson de Renaud où ça parle d'une gamine qui a vu le loup et Renaud de conseiller à la sienne d'attendre et de n'offrir cela qu'à celui qu'elle aimera. Alors le sexe devient dangereux. La génération Sida est née et à l'impression de payer pour un crime dont elle n'est pas responsable. En parallèle les excès sont donc inversement proportionnels à la retenue salvatrice et on constate le pire : viols collectifs, échangisme malsain, prêts de copine etc. Notre société est passée en l'espace de trois décennies d'un extrême à l'autre. De l'ignorance la plus totale, bardée de tabous judéo-chrétiens, nous arrivons à la sauterie mécanique bardée d'exploits olympiques ! Les parents soixante huitards, ceux qui ont lutté pour la liberté sexuelle sont à présent dépassés par les évènements, déchirés entre leurs convictions (pas de tabous) et la dure réalité des choses. Car dans cette dérive annoncée, nous avons eu le malheur d'oublier le sens des mots donner et recevoir. Je sais il m'arrive d'être vieux jeu :-(
Répondre
T
@Calpurnia et Dom, merci toutes deux pour vos messages. Moi aussi je déteste les catégories : parfois elles sont réductrices, parfois elles sont complètement fausses ! Et les catégories véhiculées par la presse ou tout simplement les gens n'échappent pas à cette règle. Moi ce qui m'énerve, c'est la chose suivante : qu'en 2006, on n'en soit encore à confondre procréer et faire l'amour. Et je me rappelle bien, personne ne m'a dit qu'il y avait une différence lorsque que j'ai demandé. En plus je suis née à la campagne, j'ai donc eu droit à Madame Lapine, ses 8 petits et Monsieur Lapin et à Cathy, jument de trait et sa fille Pauline .  A côté de ça, il y avait les magazines de mon père, marrant, ils parlaient de la même chose aussi ! Plus sérieusement, si l'on croit ce que l'on nous dit, si l'on pense que la pénétration est l'unique moyen de parvenir à l'échange et au plaisir et que tout le reste n'est que fioritures, bonus, fantaisie non nécessaire, on passe à côté de la découverte de soi et accessoirement de l'autre. Or, à nos enfants, on ne parle que de pénétration. Bien sûr, Calpurnia, à chaque âge son explication. J'attends encore le Kamasutra expliqué à ma fille de 5 ans dans le Journal de Mickey. Peut-être pourrait-on commencer par dire aux magazines des grands qu'il y en a marre de leurs sottises qui s'impriment direct dans le cerveau des ados, en manque d'infos. On leur dit comment se protéger des MST et d'une grossesse, mais pas comment s'épanouir.
Répondre
D
Pour ma part, je suis assez d'accord avec le courrier de ce lecteur. On donne des cours d'éducation sexuelle à l'école, les enfants d'aujourd'hui ont tôt fait de visionner des films pornos, et dans toute cette masse d'information, on en oublie l'essentiel : l'amour.Ma mère m'ayant eu à 17 ans, elle a mis un point d'honneur à m'informer sur le sexe, très tôt, et de façon très détaillée. Livres, explications, à 12 ans je savais tout de l'organe génital de la femme et de l'homme, de l'acte sexuel et de la contraception.Mais ce ne sont pas des bouquins, ou des cours sur la mécanique sexuelle qui feront qu'on aura ou pas du plaisir dans la relation sexuelle. Il est nécessaire je pense d'éviter les catégories, et comme tu le dis de bien différencier procréation et faire l'amour, de parler à ses enfants de confiance, de partage, de tendresse, de caresses et de plaisir, tout simplement. D'amour quoi !Les polonais dans les voyages Calpurnia ?
Répondre
C
Alors moi je suis peut-être bête, stupide ou autre, mais je ne lis plus ce genre d'articles.<br /> Déjà je suis blonde, ce qui suffit à me cataloguer (alors que les blagues sur les blondes sont destinées aux fausses blondes, mais j'ai renoncé, je ne suis pas Don Quichotte).<br /> Je n'a pas envie du tout de savoir si je suis vaginale, clitoridienne, un mélange des deux et si mon point G est nord quart nord est alors qu'il devrait être plein sud. Je n'ai pas envie de savoir s'il est normal ou pas que le simple fait que l'on me touche les seins me fait bondir, alors que ma meilleure amie ne supporte pas qu'on effleure cette (belle) partie d'elle même.<br /> Je suis comme je suis, point barre. Je déteste les "catégories" (même si j'en réserve une pour les polonais en voyage dans un prochain post sur mon blog). Nous sommes tous différents et tous uniques. <br /> Par contre pour ta peite remarque de départ j'ai un petit commentaire.<br /> J'avais une mère moderne qui s'est retrouvée enceinte de ma petite soeur alors que j'aais 10 ans. Donc elle m'a bien expliqué comment le bébé poussait, ce qu'était un utérus et tout et tout. Jusqu'au jour fatal où je lui ai demandé comment la petite graine du papa avait rencontré la petite graine de maman.<br /> Elle m'a TOUT dit. C'était très médical. J'avais bien compris toutefois que si l'on voulait faire un bébé il n'y avait qu'à...<br /> Et maman avec son petit bedon rencontrant une dame charmante qui l'avait vue moucher son lait,  du village où nous allions passer tous les WE... Alors ma petite Mrs Bibelot ? un quatrième en route ?<br /> "Oui" a répondu Mrs Bebelot. "Et celui là on ne l'a vraiment pas fait exprès" (genre à l'époque elle avait fait les 3 autres volontairement malgré l'interdiction formelle d'utiliser tout moyen de contraception).<br /> Et moi la cervelle FUMANT : comment pouvait-on faire une chose pareille sans LE FAIRE EXPRES ?<br /> Depuis j'ai compris.... Laissons les comprendre... De toutes manières quand ils sont en âge de comprendre, ils ne posent plus de question.<br /> Je l'ai toujours dit : trop éduquer ses enfants c'est leur expliquer comment faire des enfants sans expliquer ce qu'est faire l'amour. C'est la raison pour laquelle ils nous prennent pour une courge, passé 8 ans, et plaignent leur père....
Répondre