Etat d'urgence, état des lieux du droit à la santé en France.

Publié le par Thulip

Aujourd’hui, petits chiffres sur la santé en France, ceci pour éclairer la réalité des choses (oui, oui, le chômage est en baisse, mais le nombre des bénéficiaires du  RMI a augmenté par contre…N’est-ce pas Fred ?). Ces chiffres sont tirés d’un article dans le Dossiers & Documents du Monde de septembre 2006 :

Un constat simple : l’inégalité à l’accès à la santé en France, pays d’Europe de l’Ouest où les différences sont les plus fortes. Un cadre supérieur de 35 ans peut espérer vivre 7.5 années de plus qu’un ouvrier qualifié du même âge.

Oui, mais me direz-vous, nous, on a la CMU : il y a quelques mois, une enquête réalisée par le Fonds de financement de la CMU a montré que 41 % des médecins libéraux spécialistes et 39 % des dentistes refusent de recevoir un patient bénéficiant de la CMU ! Sachant qu’une autre étude a montré que les campagnes de prévention ne touche pas les populations à risques mais les personnes qui en ont le moins besoin, on imagine aisément qu’un bénéficiaire de la CMU n’appelle pas son dentiste pour faire un petit contrôle annuel, mais qu’il en a réellement besoin ! Sachant que la précarité touche de plus en plus de personnes en France, et donc qu’il y a de plus en plus de personnes pouvant prétendre à la CMU, je n’ai pas besoin d’en dire plus…

Certaines pathologies sont corrélées au niveau de vie : le problème de surpoids et d’obésité (on ne parle pas de régime bikini là, on parle d’un vrai problème de santé ayant des répercussions sérieuses), sont deux fois plus fréquents chez les enfants d’ouvriers qu’ailleurs. Mêmes disparités concernant certains cancers et d’autres pathologies toutes aussi sérieuses. Pourtant, la France est le plus gros consommateur de médicaments en Europe : lorsque vous sortez d’une consultation, vous avez dans 90% des cas une ordonnance, contre 43.2% aux Pays-bas (un jour, un médecin a voulu me soigner une mononucléose par un antidépresseur, mais je suis sûre que vous avez d’autres exemples : eh oui, anticholesthérols, psychotropes et antibiotiques sont notre trio gagnant en France).

L’inégalité n’est pas que sociale ou économique, elle est aussi géographique : les zones rurales sont en pénurie de médecins tandis que certaines zones urbaines sont surpeuplées. Par ailleurs, les choses risquent de ne pas s’arranger, car certaines disciplines sont boudées par les étudiants en médecine : la médecine générale par exemple. Mais essayez d’avoir un rendez-vous en urgence chez votre gynécologue ! La faute à quoi ? Apparemment à une mauvaise organisation des enseignements mais également aux conditions d’exercice qui peuvent parfois être pénibles. Sauf qu’une vraie politique publique avec des réformes pourrait pallier à ces défections.

Petit article coup de gueule sur une réalité que je pressentais à mon échelle, mais qui vient de se confirmer.

Voici quelques liens pour en savoir plus :

Quelques études de l'Assurance Maladie en Ligne.

Quelques études de l'IRDES (Institut de Recherche et de Documentation en Economie de la Santé).

Source image.

 

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T
@ Mariemarie : les professionnels de la santé ne disposent-ils pas d'un lobby suffisamment puissant pour se faire entendre ? Il serait temps qu'ils fassent connaître les vraies raisons des dysfonctionnements, en cette veille de campagne électorale, non ? On les entends militer pour certaines choses (revalorisation des tairfs des  soins par exemple), mais j'entends peu de discours de fond, sur l'organisation de la prise en charge de la santé en France : suis-je sourde ou bien les arguments relayés dans les journaux sont-ils étouffés et partiels ? Peut-être sont-ils eux-mêmes victimes de pression (on ne vous accorde pas de revalorisation des tarifs si vous remettez tout en cause ? Ce serait un peu parano comme explication, non ? ).
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M
Thulip >"le fait que certains médecins refusent les bénéficiaires de la CMU n'est pas due à des soins pris en charge à minima sur une population défavorisée mais parce que la procédure est trop compliquée ?"comme je le dis dans les raisons que je cite pour ce refus, les deux facteurs sont à prendre en compte. (nb : ne pas oublier que je parle des dentistes. peut-être que les raisons des médecins ne sont pas exactement les mêmes, je n'en sais rien.)"on a posé les mauvaises questions en soupçonnant la responsabilité unique des praticiens alors que le système lui-même est à remettre en cause."ben comme d'hab, quoi...
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T
@ Mariemarie : donc si je comprends bien, le fait que certains médecins refusent les bénéficiaires de la CMU n'est pas due à des soins pris en charge à minima sur une population défavorisée mais parce que la procédure est trop compliquée ?Remarque, dans les deux cas, on aboutit à une discrimination et à une inégalité devant les soins. Si tu as raison, cela signifie que cette enquête a été mal menée : on a posé les mauvaises questions en soupçonnant la responsabilité unique des praticiens alors que le système lui-même est à remettre en cause.
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M
c'est remoi. :-Pj'ai oublié un détail d'importance concernant la CMU.dans ses premières moutures, le législateur avait exclu du protocole de remboursement tout un tas d'actes jugés trop onéreux et pas indispensables à la santé des bénéficiaires de la CMU.le résultat était assez catastrophique, parce qu'il s'avère que les actes en questions étaient principalement des actes à incidence esthétique (c'est bien connu, les pauvres se foutent de leur esthétique...). à l'époque, par exemple, il était impossible de réaliser une couronne en céramique sur une dent devant (et je vous parle même pas des couronnes céramique sur les molaires) à un patient CMU, parce que non remboursée. par ailleurs il était interdit de réaliser ces actes même si le patient était prêt à payer et que ce ne soit pas remboursé. de plus, à chaque fois qu'une prothèse était à réaliser, tout un tas de démarches administratives étaient à faire en plus du protocole habituel.il était donc très compliqué de soigner des bénéficiaires de la CMU et ce phénomène a largement contribué à la mauvaise publicité faite à la CMU.
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M
aïe aïe aïe ... ! Thulip > quand je lis "quand je vais chez le généraliste,j'ai déjà posé mon diagnostic et je passe commande", j'ai les cheveux qui se dressent sur la tête. je ne pense pas que ce genre d'attitude facilite la tache des médecins... et tu ne penses pas que "passer commande" conforte les système de santé dans sa tendance à la "médecine marchandise", comme tu dis ? par ailleurs, je te déconseille de poser toi-même tes diagnostics. mêmes les médecins ne le font pas. quant-à l'histoire des 40 et 55kg, ça n’a rien à voir avec ta réaction à l’antibiotique. il t’aurait donné la dose pour 80 kilogrammes, que tu serais encore sur pieds. il s’agit là plutôt d’intolérance ou d’allergie (je ne sais pas lequel des deux, dans la mesure où je ne connais pas les signes de ce qui t’es arrivé), pas vraiment de rapport avec la dose prescrite, dans la mesure où la dose pour 40 kg n’est pas franchement différente de celle pour 55kg ! Chaminou > je vais pinailler un peu :-P. <br /> le rôle du médecin n’est pas de "déceler véritablement le moindre symptôme". c’est de recueillir les symptômes que tu décris et de déceler les signes. le symptôme est le signe subjectif, ce que seul le patient connait (par exemple la douleur). le signe est le signe objectif, ce qui est observable, quantifiable (un urticaire, une fracture du tibia, le taux de cholestérol sanguin, etc...) Quant au problème posé par la CMU, en tant que dentiste, je trouve inacceptable que presque la moitié de mes confrères refusent les patients CMU. travaillant en milieu hospitalier public, je me rends bien compte que tous les CMU finissent par arriver... chez nous. la cause du refus est multiple : - CMU = rémunération moins importante du dentiste, car tarifs des prothèse imposés par la sécu - dans la tête de ces dentistes là : CMU = cas sociaux, gens pas rigoureux  au sujet de leur santé : à l’hygiène dentaire déplorable et qui ne viennent pas aux rendez-vous - toujours dans la tête de ces dentistes là : quand les patients CMU ne sont pas des cas sociaux, ce sont des escrocs qui gagnent leur vie au black, ne déclarent rien et profitent du système, donc pas envie d’avoir affaire à eux. cette liste n’est pas exhaustive, mais force est de constater que les patients CMU n’ont pas bonne presse chez une certaine proportion de ma profession. mais il existe plein de professionnels de santé humains et responsables !!! si si !!! :-D Marouschka > tu dis "Exercer la médecine rime désormais avec confort de vie. Et aucun étudiant n’a envie de faire heures sup et routes d’hiver en campagne pour soigner Mamies et Papis grabataires... J’ai pas raison ?" ben si, bien sûr. t’aurais envie toi de te taper 15ans d’études pour gagner très moyennement ta vie, faire des semaines de 60h, être de garde tous les soirs parce que tu es le seul toubib du coin et entendre dire par ton ministre que tu ne fais pas d’effort ? moi pas. t’as pas envie de confort de vie toi ? moi si. la médecine n’est pas un sacerdoce, c’est une profession. les médecins n’ont pas à "sacrifier leur vie" (du moins leur vie privée) pour les beaux yeux du ministère de le santé, ni celui des finances. enfin, concernant la question du déremboursement des médicaments dits de confort, c’est un sujet compliqué. même si jepense que pour certains, ce déremboursement est justifié, il n’en reste pas moins évident que les pouvoirs publics seraient beaucoup, mais alors beaucoup plus efficaces dans leur volonté de faire faire des économies à la Sécu, en fixant des tarifs imposables (qu’on n’a pas le droit de dépasser, comme pour les prothèses chez le dentiste) aux laboratoires pharmaceutiques. ce qui coûte le plus cher à la Sécu, c’est le remboursement des médicaments (source : Le Monde Diplo). quand on sait que l’argent gagné par les labos sert plus à payer la publicité et les représentants (source : idem) -  avec leurs petits et gros cadeaux aux médecins et dentistes pour les faire prescrire - , qu’à financer la recherche pour de nouveaux médicaments, il y a de quoi hurler. en attendant, on fait relayer aux médias l’idée que le problème vient des prescripteurs et des patients. c’est un peu comme si le gouvernement appliquait les propos d’Alphonse Allais :  "Il faut prendre l’argent là où il se trouve, c’est-à-dire chez les pauvres. " mais ça, c’est pas nouveau ...
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