A petits pas : la lutte contre l'excision.
Dans mon mémoire, je parle d’une association qui travaille dans une vingtaine de villages au Burkina Faso (constructions d’écoles, mise en place de vergers potagers, construction de bibliothèque, mise en place d’une vidéothèque ambulante, mise en place de panneaux solaires, construction de salles d’accouchement…). Elle s’appelle « Petit à Petit » et son nom illustre bien la lente progression des choses. Je ne crois pas qu’ils se soient encore investis dans la question que je vais aborder aujourd’hui, mais je ne leur ai pas posé la question : je n’y avais pas pensé à l’époque.
Par ailleurs, un jour vers 12 ou 13 ans, je suis tombée sur un livre parlant de l’excision dans la bibliothèque de mes parents : je ne puis décrire le dégoût et l’horreur qui m’ont envahi en lisant ces lignes, pourtant, je ne comprenais pas tout, tout simplement parce que je ne pouvais imaginer que de telles choses existent.
L’excision, qu’est-ce que c’est ?
Il y a quatre types d’excisions recensées par le journal Afrik.com :
« Même la diversité des méthodes utilisées lors de l’excision ne trouve pas d’explication satisfaisante. Quatre types d’excision sont recensés aujourd’hui sans qu’on puisse attribuer à chacun une signification particulière. Le premier (moins de 5% des cas) et le plus léger consiste en une simple ablation du clitoris, le second (80% des cas) excise également les lèvres internes, alors que le troisième et le plus radical, appelé infibulation (15% des cas), enlève tous les organes génitaux externes et coud l’orifice vaginal en ne laissant qu’une minuscule ouverture. Enfin le quatrième type regroupe toutes les autres pratiques depuis l’étirement, le grattage, le perçage du clitoris ou des lèvres jusqu’à l’introduction dans le vagin de substances corrosives ou de plantes. »
Il m’aura fallu du temps pour comprendre, condamner certes, mais en gardant à l’esprit que condamner ne suffit pas et n'est certainement pas une solution en soi : il faut expliquer.
Telle est la mission du CNLPE au Burkina Faso.
Le Burkina Faso est un des pays les plus pauvres au monde, un des pays où le taux d’analphabétisme est record, avec une soixante d’ethnies et sans doute autant de langues. On pourrait se dire que ce pays n’est pas le mieux placé pour faire avancer les choses : détrompez-vous, la situation n’est certes pas idéale, mais elles progressent. Les pouvoirs publics sont réellement investis, les associations locales et les ONG aussi. C’est ce que nous apprend Le Monde Diplomatique ce mois-ci : après 1960 et l’indépendance, le nouveau président prend position contre l’excision. En novembre 1996, une loi interdisant cette pratique et condamnant à des sanctions pécuniaires et pénales est votée : pour les médecins qui pratiquent, c’est le maximum qui est requis.
Le CNPLE passe de village en village, revient, réintervient encore et encore pour expliquer : dans ces réunions où femmes et hommes sont présents, on appelle un chat un chat, on explique à l’aide de dessins : L’une des animatrice tire la langue à l’assemblée : « A quoi ça sert ça ? ». On ricane… « Ca sert à sentir ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. On ne vous l’a pas coupée, la langue ? Vous l’avez toujours ? » : le message commence à passer.
Au Burkina, la loi est appliquée. Mais des effets pervers se font sentir : des voitures de la capitale se dirigent vers des villages isolés, ou au-delà des frontières : les prix flambent et l’hygiène est de moins en moins au rendez-vous. On excise les bébés, parce que c’est plus simple. Des fillettes demandent à l’être, pour être comme leurs copines. Cette pratique relève qui plus est d’un rite initiatique, mais « que signifie ce rite quand on mutile les enfants de plus en plus jeunes… ? ».
Parler du plaisir sexuel ne sert à rien : la plupart des femmes ayant été excisées avant le mariage, ou juste après, n’en savent rien. Il faut parler d’hygiène, convaincre que le clitoris ne tuera pas l’enfant qui naît.
Il faut parler du sort des exciseuses, qui pratiquent de mère en fille : que vont-elles devenir ? On envisage de leur fournir un travail de substitution, mais d’autres craignent qu’elles ne fassent du chantage si ce qu’on leur propose en échange ne leur convient pas. Ce n’est pas si simple, cela ne suffit pas de condamner : d’après les estimations, 90 % de la population sait que c’est interdit. Dans un pays où il faut payer les journalistes pour qu’ils se déplacent, c’est pas mal. Mais plus de 75% des femmes de plus de 20 ans en 2001 étaient excisées, plus de 43 % pour les filles de 11 à 20 ans et plus de 16 % pour les fillettes de 5 à 10 ans.
Ces chiffres sont présentés comme une amélioration, moi je dis que c’est encore énorme.
Voilà, j’ai peu de choses à vous dire de plus que ce que j’ai appris dans cet article, mais j’avais envie de vous en parler. Je n’ai pas envie de faire mon Occidentale de base qui condamne, j’ai juste envie d’attirer votre attention sur cette souffrance : moi rien que d’imaginer la scène, j’en ai des frissons d’effroi. D’ailleurs, cette pratique concerne également des jeunes filles qui vivent en France. Elle est certes marginale, mais ne croyez pas qu’elle n’existe pas, c'est juste qu'on en parle rarement : difficile d’en parler pour les victimes, vous la placeriez où votre histoire de clitoris perdu, entre la poire et le fromage ? Il existe des techniques de reconstruction, mais cela n’est pas toujours possible et seules quelques « privilégiées » peuvent y avoir accès. Oui, je voulais en parler sur mon blog, quelque part je me dis que c’est inapproprié, même si je parle souvent de « sujets sérieux », j’ai l’impression que celui-ci arrive un peu entre la poire et le fromage : tant pis, ce n’est pas un manque de respect ou de sérieux de ma part, c’est juste parce que je ne veux pas prendre ce prétexte pour faire l’impasse.
Je me doute bien que tout le monde sera d’accord avec moi, mais finalement, plus on en parle et plus les choses évoluent, non ? Pour tout avouer, je me sens bien impuissante, cela me semble si vain d’en parler sur mon blog. Tant pis, je le fais quand même, à défaut de savoir quoi faire d’autre.