Le scandale de la fondation Hamon
Pour certains et de plus en plus, « la culture est un marché (et une politique) comme les autres ». Cette conception des choses est souvent revendiquée ou décriée lorsque l’on parle libéralisation et globalisation.
Mais on peut également l’appliquer à ce scandale qui dure depuis 2003 : la fondation Hamon. Des fonds ont apparemment été détournés de leur véritable destination, c'est-à-dire protéger et conserver les œuvres d’art contemporaines majeures que Jean Hamon, riche promoteur immobilier souhaitait donner à un futur musée qui devait être crée sur l’île Saint-Germain à Issy-les-Moulineaux (valeur totale des œuvres estimée à 7.5 millions d’euros).
Le premier a être soupçonné a été le comptable de Jean Hamon, qui aurait gonflé les prix (750.000 euros de fonds publics).
Charles Pasqua (sénateur UMP des Hauts-de-Seine) et André Santini (maire UDF de Issy-les-Moulineaux), co-présidents du syndicat mixte chargé de gérer la Fondation Hamon, ont depuis été mis en examen pour prise illégale d’intérêt.
Si j’ai bonne mémoire, ce n’est pas la première fois que ces deux protagonistes attirent l’attention de la justice dans des affaires de fonds publics, d’attribution de marchés, etc… Personne ne sera donc étonné. Ce qui me choque, c’est bien sûr l’utilisation des fonds publics et le fait que l’on confie à nouveau la gestion de ces fonds à des personnes et à des collectivités publiques (car il ne faut pas penser que l'on peut détourner de l'argent sans complices) qui ont déjà fait l’objet de poursuites judiciaires, avant de faire un vrai nettoyage.
Ne nous leurrons pas sur les bonnes intentions du mécène Jean Hamon : outre les avantages fiscaux auxquels il a droit (l’argent ne pousse que chez les riches), ce dernier a été mis en examen pour recel de détournements de fonds publics.
Une petite citation de Santini pour terminer cet article, ça nous donnera une idée de ce qu’il pense : « La différence entre un cocu et un député, c'est que le premier n'est pas obligé d'assister à la séance ».
Et une autre pour la route de Charles Pasqua : « La démocratie s'arrête où commence l'intérêt de l'État », que je me permettrais de compléter pour lui : La démocratie et l’intérêt de l’Etat s’arrêtent là où commence l’intérêt personnel.
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Journal des Arts n°239 du 9 au 22 juin 2006