Planète football
En m'interrogeant sur le pourquoi du comment, et suite à mes commentaires chez Deedee, j'ai trouvé une réflexion intéressante de la part du grand Ignacio Ramonet, dans le Monde Diplomatique de juin 2006.
Ecoeurée par tant d'enthousiasme, de chauvinisme, par tout ce fric et surtout par toute cette énergie rassemblée autour d'un ballon rond alors que tant de choses autour de nous en mériterait autant (je ne vous fais pas la liste, je suis sûre que vous avez des idées à ce sujet), je voulais donc comprendre.
Les explications d'Ignacio Ramonet ne me satisfont qu'à moitié, ne serait-ce que parce que cela ne justifie en rien cette liesse populaire à mes yeux. Mais les pistes de réflexion que je relaye ici sont tout à fait justes. En voici certaines :
Pour l'auteur, "le football est indiscutablement plus qu'un sport". Cet engouement s'expliquerait d'abord par le fait que "comme dans la vie, les perdants sont plus nombreux que les gagnants. C'est pourquoi ce sport a toujours été celui des humbles, qui y voient, consciemment ou inconsciemment, une représentation de leur propre destinée".
Je comprends à présent mieux pourquoi dans la rue on crie : "On a gagné, on est, on est, on est en finale!"
Par ailleurs, l'aspect chauvin de cette passion n'aura échappé à personne. Il y a des questions identitaires là-dessous (cet aspect fera l'objet d'un prochain article). Ignacio Ramonet explique que "le football est le sport politique par excellence. Il se situe au carrefour de questions capitales comme l’appartenance, l’identité, la condition sociale et même, par son aspect sacrificiel et sa mystique, la religion. C’est pourquoi les stades se prêtent si bien aux cérémonies nationalistes, aux localismes et aux débordements identitaires ou tribaux qui débouchent parfois sur des violences entre supporteurs fanatiques ».
Pire encore, moi qui m’insurgeait contre cet enthousiasme débordant qui occultait les vrais problèmes de ce monde, si j’en crois Ignacio Ramonet (et je le crois), le football participe à maintenir l’ordre établi et les inégalités dans le monde :
« L’achat et la vente de footballeurs reflètent bien l’état du marché à l’heure de la mondialisation libérale : les richesses se situent au Sud mais se consomment au Nord, qui seul possède les moyens de les acheter. Et ce marché (de dupes, souvent) donne lieu à de modernes formes de traite d’êtres humains. »
Personne ne songerait en effet à plaindre les footballeurs achetés à prix d’or. Mais il ne faut pas oublier que c’est l’arbre qui cache la forêt. Selon Johann Hascoet, beaucoup d’Africains sont recrutés par la France et la Belgique et se retrouvent sans papiers et sans banc de touche, faute d’avoir pu décrocher un contrat avec un club. Pourtant la plupart ont été repérés comme espoirs. Certains recruteurs n’hésitent pas mentir sur l’âge de ces adolescents pour contourner les lois sur les achats de joueurs qui protègent les mineurs. Sans famille, sans éducation et sans papiers dans un pays qui leur est étranger et loin d’un autre pays qui leur est moins familier. Tel est le destin des perdants. Combien sont-ils ? Je ne suis pas sûre que l’on puisse disposer de chiffres exacts, car chut, c’est un tabou, le foot c’est merveilleux et n’a que des idoles.
Ce que j’adore c’est la conclusion de cet article :
« Ainsi va donc ce sport fascinant. Tiraillé entre ses splendeurs sans pareilles et ses fanges, dont l’effet est semblable parfois à celui de la boue placée dans un ventilateur. Chacun en est éclaboussé ».