Pardon pour la provocation du titre : cependant j'estime faire partie des couillons.
J’ai dit dans un précédent article, avoir le désir ardent de voyager, voire même de poser mes valises pour quelques temps, afin de mieux découvrir une culture. Je reviendrais peut-être plus avant un jour sur mes motivations personnelles.
Voici un sujet d’actualité estivale (ça et les tests psycho des magazines féminins) : le tourisme.
Ecoeurée par l’exploitation des personnes, par le désastre environnemental et écologique du tourisme de masse orchestré par des tours opérateurs sans morale, j’ai donc cherché à partir « solidaire », ou « équitable » si vous préférez : cela veut dire que je veux que l’argent que je dépense (hormis le billet d’avion, mais heureusement on vient d’inventer une taxe qui va me donner bonne conscience, enfin une fois que je saurai où va vraiment cet argent), atterrisse dans les poches des personnes qui vivent dans le pays qui m’accueille. Je ne veux pas que mon séjour alourdisse la facture écologique (enfin le moins possible, un voyage en avion étant gourmand en kérosène, je n’apprends rien à personne).
Et donc, je suis prête à payer un peu plus cher (si je le peux) au nom de mes principes.
Oui, mais voilà : le tourisme équitable, solidaire, éthique ou à vocation de développement durable est à la mode : C’est bien et c’est pas bien.
C’est bien car de plus en plus de personnes prennent conscience de l’impact de leurs habitudes de consommation sur l’environnement et les pays fragilisés (en premier lieu, mais pas que), et que par conséquent, les acteurs du commerce sont bien obligés de prendre en compte cet aspect afin de satisfaire leurs clients.
Ce n’est pas bien, car de plus en plus de compagnies se mettent cette jolie étiquette sur le front, sans que l’on puisse vérifier la véracité de leurs dires. Or, en cas de mensonge à l’égard du consommateur, celui-ci risque de se détourner en pensant qu’il n’a aucun moyen d’être sûr, alors pourquoi accepter de payer plus cher dans de telles conditions ?
Des organisations et des associations de vigilance semblent tout de même très bien faire leur travail, souhaitons-leur de proliférer afin que les dérives soient de moins en moins possibles.
Mais soyons honnètes : le tourisme est équitable pour qui ?
Pas pour 99% de la planète : le coût d’un tel séjour vol compris pour une semaine commence aux alentours de 2000 euros en général (Pour les destinations lointaines, et cela peut chiffrer bien plus !). Voici quelques estimations d’une personne dont c’est le métier de transformer des chiffres en réalités :
Dois-je rappeler qu’environ 20% des habitants de la planète détiennent plus de 80% des ressources ?
Pas pour l’environnement : si l’éco-touriste ramasse ses papiers gras, il a quand même pris l’avion.
Tableau de Jean-Marc Jancovici : Emissions de gaz à effet de serre par passager (en kilos équivalent carbone). Les chiffres s'entendent pour un aller-retour, et tous gaz à effet de serre confondus. La barre rouge représente le maximum des émissions annuelles de CO2 par personne en-dessous desquelles il faut redescendre pour stabiliser la concentration en CO2 dans l'atmosphère. L'auteur du tableau conclut que la lutte contre le changement climatique n'est pas compatible avec la généralisation du transport aérien.
Tableau de Jean-Marc Jancovici : émissions de gaz à effet de serre par mode motorisé, en grammes d'équivalent carbone par passager/kilomètre. Sources : ADEME, INRETS, calculs personnels.
Très bien, on pourrait se dire qu’il vaut mieux partir équitable que partir avec le Club Med’(au hasard), au moins, les salariés seront payés correctement et pourront vivre décemment. J’essaie de me faire à cette idée, mais en fait, je ne suis pas toujours sûre que les gens à qui je vais rendre visite m’attendent vraiment. Peut-être se portent-ils bien mieux sans mon kérosène, peut-être n’ont-ils pas envie de me faire partager leurs cultures : ce n’est pas une démarche qui va de soi, non ?
On se fonde sur le postulat que le monde a besoin des touristes, mais ce postulat mériterait d’être analysé.
Si au moins cette quête de solidarité menait à une démarche plus humble et plus respectueuse des touristes face à leurs hôtes, ce ne sera pas si mal : « Le tourisme est dangereux par nature» affirme Ranil Senanayake (ingénieur agronome Sri lankais). Je vous conseille la lecture de son interview chez Politis (liens en fin d'article).
Il est vrai que le tourisme est dangereux pour au moins deux raisons : la première parce que trop nombreux sont encore les touristes qui se conduisent en clients rois dignes des temps de la colonisation.
Tout leur est dû et les peuples qui les accueillent sont perçus au mieux comme des démunis au pire pour des incultes. Le touriste va donc se faire un devoir de leur expliquer les règles d’hygiène, de bienséance, que sais-je encore (ah oui, j’oubliais le droit de cuissage exotique).
La seconde parce que les hôtes sont confrontés à des consommateurs incapables de se passer de leur montre, de leur téléphone, de leur clim’ ou de leur soda, qu’ils font étalage de tout un attirail de biens de consommation auxquels les hôtes n’ont pas accès : il ne faut pas confondre transmettre le virus de la consommation aiguë et apporter le progrès, il y a une énorme différence.
Que vous dire, si comme moi vous tenez à aller à la rencontre de l’autre et du monde ? Voici les premiers éléments qui me viennent à l’esprit, à vous de compléter ensuite, vos suggestions sont les bienvenues :
Quand vous achetez un produit, vous n’hésitez pas à demander au vendeur s’il est vraiment efficace : n’hésitez pas à demander, et à chercher à savoir, si l’agence de tourisme qui vous vend le voyage est vraiment « équitable ». On vous répondra avec plus ou moins d’ardeur, qu’importe, il s’agit de faire pression en tant que consommateur.
Quand vous arrivez dans le pays en question, vivez au maximum comme vos hôtes, renoncez à vos habitudes occidentales : ils vivent sur place, ils savent mieux que vous a priori.
Oubliez vos habitudes de touriste-client-roi que l'on vous a inculqué à Saint Trop', et dites vous que vous êtes un touriste-élève.
Privilégiez les déplacements lents et non polluants : animaux, vélo, pieds, ce que vous voudrez (j’ai fait un séjour avec un parcours en quad, cette erreur ne se répétera plus, promis).
Privilégiez les séjours longs si vous prenez l’avion.
N’hésitez pas à faire un rapport à l’agence qui vous a vendu le voyage si vous constatez des abus, parlez-en, histoire de faire pression.
Et arrêtez de croire ce que vous disent les agences de voyage : vous ne faites pas un cadeau en partant en tourisme solidaire (c’est le discours misérabiliste des agences de voyage et c'est vraiment horrible d'oser fonder un argument commercial sur ça), non : au mieux, vous limitez les dégâts. Mais si on pouvait tous s’y mettre ce sera déjà pas mal.
Sources et ressources :
Politis.
Les tableaux de Jean-Marc Jancovici.
Revue Décroissance n°32, été 2006.
Source image des touristes dans le rythme.
Source image du chapeau colonial.
Première illustration : oeuvre de l'artiste Duane Hanson.
Le salon