Le sujet est bien plus sérieux que le titre en fait : en 1986 est né en Italie le mouvement « Slow Food » qui au départ était simplement anti Mac Do. Depuis l’association s’est développée et tente de promouvoir une idée positive : la bonne bouffe.
Par ailleurs, leurs analyses ne s’arrêtent pas à nos seuls estomacs mais également à une étude de nos sociétés contaminées par le fast food : ce phénomène est révélateur du mal-être de notre société, où le consommateur se rue dans son frigo, pour satisfaire la moindre pulsion au-delà de ce que réclame son corps.
Légende : Claes Oldenburg Floor Burger, 1962.
L’idée maîtresse est que « La table est un lieu de culture et d’apprentissage », en effet c’est là où l’on apprend " à maîtriser ses instincts – la faim – en attendant le repas. Cet apprentissage de l’autolimitation" nous aide à devenir libre.
En outre, autour d’une table nous ne faisons pas que de nous y nourrir, car c’est un lieu culturel, social et politique. Quand on voit que bien souvent il nous arrive de nous nourrir devant un écran de télé, il est peut-être temps de se dire qu’on devrait apprendre à avoir du plaisir à partager et à se contenter de la simple compagnie de notre entourage ou bien du plaisir à manger de bonnes choses. A une amie, qui était à un moment de son existence souvent seule et qui voulait perdre les 10 kilos pris en 3 mois, je lui ai dit de commencer par éteindre la télé et de se concentrer sur ce qu’elle mangeait.
L’association Slow Food attire également notre attention sur le fait que si le goût « n’est que très partiellement inné, et partiellement hérité socialement, le goût s’apprend, le goût s’éduque, et cela à tous les âges. »
Mais à cette note positive il faut s’alarmer du fait que l’apparente diversité des produits que nous consommons est factice : « En France, 98% du lait est issu de seulement trois races de vaches, contre plusieurs dizaines il y a 50 ans. Quant à la charcuterie, elle est presque entièrement produite à partir d’une seule race de cochon, le Large White. Il y a une standardisation des animaux et des végétaux qui se traduit par une standardisation des goûts… ».
Légende : Duane Hanson, Supermarket Shopper, 1970.
Par ailleurs, bien consommer coûte cher. Quand vous n’avez pas les moyens, à vous les colorants, les arômes artificiels et le bœuf 100% graisse, tendons et ligaments. Regardez les étiquettes, celui qui contient le plus de viande est le plus cher. Celui qui n’a pas été trop allaité aux antibiotiques et qui a déjà vu la couleur verte aussi. Comparez les prix des légumes bio et des autres. Nous savons tous que l’obésité touche davantage les catégories sociales défavorisées que les autres : la question de l’éducation au goût y est sans doute pour quelque chose, mais les calories vides contenus dans les aliments pas chers également. Nous assistons donc à une forme d’empoisonnement rémunérée d’une classe sociale en particulier.
Mais si les ressources économiques expliquent pour une part ce phénomène, il est toujours possible d’éduquer aux repas et ça c’est pour tout le monde pareil. En outre, j’ai remarqué que pour des taux similaires en matières grasses, je mets trois fois moins de comté acheté plus cher mais qui a un goût de comté, pas seulement de fromage, que du fromage avec une appellation approximative emballé sous plastique pas cher mais sans goût si ce n’est celui d’un fromage… (Le premier qui me dit que c’est sacrilège de mettre du comté dans ses pâtes, je le nourris au Kiri pendant un mois).
Cette démarche s’inscrit dans une démarche plus globale, celle de la décroissance. Je vous avoue m’intéresser de près à ce mouvement, bien que n’adhérant pas à tout. Pour ce que je connais de ce mouvement, beaucoup d’idées sont intéressantes et faisables, comme celle-ci (si nous sommes de plus en plus nombreux à consommer autrement, il faudra bien que l’on produise autrement), d’autres me laissent encore sur ma faim. J’espère pouvoir vous en parler régulièrement.
En effet, je trouve la démarche de Slow Food intéressante car :
Tout le monde à son niveau individuel peut faire quelque chose.
Il nous appartient d’éduquer le goût de nos enfants.
Il nous appartient de prendre du plaisir en mangeant.
Il nous appartient de refaire des repas des moments privilégiés pour les sens et pour les gens qui nous entourent.
Ne pensez pas que nous ne pouvons rien faire contre l’industrie agroalimentaire, notre pouvoir d’achat est notre arme : nous pouvons privilégier notre consommation, tout d’abord vers des produits simples, ensuite si nous en avons les moyens, vers des produits respectueux de la nature, des animaux et des hommes.
En ce moment, il fait chaud, on a moins envie de manger non ?
Sources : bimestriel La Décroissance, le journal de la joie de vivre, n°32.
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