J’ai 8 ou 10 ans :
Quand j’étais enfant, je voulais devenir pirate parce qu’avec ce métier on vivait pleins d’aventures, on se battait, on n’avait pas de problèmes d’argent (ou du moins ça se réglait assez facilement) et surtout, le plus important pour moi : on voyait du pays.
Mon papa avait fait le tour du monde, je l’ai vu sur des photos : Il était marrant habillé avec un cache-sexe quand il vivait dans une tribu amazonienne. J’ai adoré aussi son périple au Pérou : il avait ramené de superbes pull en laine de lama. Il y avait des araignées et des papillons géants qui décoraient le salon. Et moi je lisais des romans d’aventures, je regardais les Cités d’Or (et surtout : les documentaires à la fin des épisodes sur l’ancienne civilisation Inca). Je voulais faire comme lui et me promettais de m’y mettre à mes 20 ans. Cette idée, si l’on enlève la vocation de la piraterie, ne m’a jamais quittée. On m’a dit depuis que ce métier n’existait plus. J’ai depuis entendu parler du contraire sur la côte Ouest de l’Afrique.
Par ailleurs, j’étais rassurée : la copine de mon père m’a dit que quand je serais grande, je serais jolie. Ca peut aider, même pour être pirate, surtout si on a une jambe en moins.
J’ai voulu aussi être sage-femme, mais ça je ne me rappelle plus pourquoi.
J’ai voulu être vulcanologue, parce qu’on m’avait offert un livre sur les aventures de Maurice et Katia Kraft. Leur mort tragique ne m’a pas démotivée, non ce qui m’a démotivée, c’est qu’on m’a dit que les études sont longues et que surtout il fallait être bon en maths. Fin de la vocation, c’est un peu comme si on m’avait dit qu’il fallait trois bras pour faire ce métier : je n’avais donc pas le profil.
J’ai 12 ans :
Quand j’étais ado, je voulais toujours faire le tour du monde. En plus j’avais envie de partir de la maison : ça motive encore plus ! Mais je n’avais pas d’idée précise sur mon futur métier. Je lisais énormément (un livre par jour en moyenne), je dessinais et peignais beaucoup aussi. Je ne me voyais pas arrêter cette activité, mais je ne me sentais pas l’étoffe d’une artiste. Je me suis quand même orientée vers cette voie car les cours m’intéressaient. Peut-être cascadeuse, je faisais de la voltige équestre.
J’ai 15 ans :
Je passe mon temps à faire les pires bêtises, je sèche les cours, sauf ceux qui me plaisent. J’ai commencé à fumer. Pourtant étant enfant, je trouvais ça stupide. Je ne fume pas que des cigarettes. Je fais la fête. A 16 ans, j’ai mon appart’ pour moi toute seule. Je m’éclate. Mon appart est devenu un véritable atelier d’artiste. Mais je ne me dis pas artiste. Je dis juste que j’aime peindre, faire des installations, des expériences. Je participe à un concours de peinture dans la rue, que je gagne, mais c’était pour le fun. J’expose, mais c’est pour le fun aussi. Je pense toujours au tour du monde.
J’ai 18 ans :
Quand je suis devenue jeune adulte, je me suis aperçue que les études à la fac sont géniales. Je regrettais de ne pas pouvoir faire socio, droit, médecine et architecture en même temps. Je passais mon temps à des jobs alimentaires pour financer ce luxe. Ça fait 10 ans. J’ai une idée bien plus précise de ce que je veux faire à présent, mais le chemin est encore jalonné d’embûches. Je vis le jour pour mes études, la nuit et le week-end pour les sous, je suis barmaid et je connais la nuit comme ma poche. Je suis devenue plus que mince, je pèse 37 kilos pour 1.55m : je songe à penser à moi. Mais je suis indépendante, ça compte beaucoup pour moi.
J’ai décidé de ne plus voir mon père : il m’avait interdit de faire des études et c’était sans appel. Je savais ce qui était important pour moi, aujourd’hui je ne le regrette pas.
J’ai 25 ans :
Je ne peins plus, ça je le regrette. J’ai vécu un peu trop vite, j’ai oublié de prendre des pauses. Je ne monte presque plus à cheval, ça aussi je le regrette. J’espère que ce n’est que partie remise. J’essaye de calmer mon rythme de vie, de penser à moi. Le chemin est encore long. J’enchaîne les petits boulots, pas le choix, je veux continuer mes études. Et après, le tour du monde ?
J’ai 30 ans :
Je me suis mariée, ça je n’avais pas prévu ! En fait, étant enfant, je me voyais plutôt célibataire. Ma belle-mère avait raison (si tu me lis Colette, je t’embrasse très fort), on me dit souvent que je suis jolie, mais à présent j’aimerai bien le rester, malgré les années qui passent : je commence à me renseigner sur les progrès en esthétique réparatrice : j’ai des petites ridules, là, oui juste là, sous les yeux ! Plus tôt on commence, plus tard le lifting.
J’ai des crédits sur le dos pour finir mes études, je dois trouver très vite un travail. Un vrai travail. Qui m’épanouisse. C’est très important pour moi. Si je veux fonder une famille, il vaudrait mieux que je le fasse avant 40 ans. Mais je veux toujours faire le tour du monde. Pendant très longtemps, car ça fait longtemps que j’attends. Pour l’instant je connais un bout d’Europe, un peu de Sénégal, un peu de Canada : ça ne suffit pas !
Quand j’ai rencontré mon Ours, ce qui m’a plu c’est qu’il avait voyagé et vécu en Afrique. Je le lui ai rappelé dernièrement.
Quand j’aurai 40 ans, j’espère avoir fait le tour du monde au moins une fois. Car je ne l’ai toujours pas fait. Peut-être aurai-je des enfants, je l’espère mais j’ai appris que dans la vie on ne fait pas ce qu’on veut. Je ne sais pas quel métier je ferai, car je sais que le travail est semé de circonstances pas toujours prévisibles, et que dans la vie, on ne fait pas ce qu’on veut, pas toujours. Ma mère dit encore que je n’en fais qu’à ma tête : si seulement ! C’est vrai qu’elle n’a jamais fait ce qu’elle a voulu, sauf son mariage, mais ça a été une belle erreur. Je ne veux pas faire comme elle et dire à 55 ans, j’aurai voulu être…. Assistance sociale, oui, c’était ça son rêve. Elle ne l’a pas fait.
J’aime l’idée de ne pas savoir exactement ce que je ferai dans x années, ce qui ne me rassure pas pour autant. J’ai découvert que je ne manquais pas de paradoxes. Je souhaite m’expatrier, pour quelques temps ou pour toujours. Je ne sais toujours pas comment. Je suis une touche à tout, j’aime tout essayer.
Vous ai-je dit que j’aimerai bien passer mon brevet de pilotage pour hélicoptère ?
Quand j’aurai 50 ans, j’espère être satisfaite de ce que j’ai fait, et avoir encore pleins d’envies dans la tête, des nouvelles, de celles qui n’ont pas encore émergé dans ma tête.
Le bilan d’aujourd’hui est positif et négatif à la fois. Je suis bien contente d’avoir persévéré dans mes études. Mais je n’ai toujours pas fait le tour du monde.
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Le salon