Qui sème le vent récolte les pépètes ?

Publié le par Thulip

Cette semaine, Louis-Marie Horeau dans le Canard Enchaîné, s’insurge contre la décision du gouvernement, qui contre l’avis d’une commission d’experts, a décidé de fixer le coût du rachat de l’électricité par EDF produite par l’éolien à 8.2 centimes d’euro le kilowattheure, en se demandant si la raison « de cette pluie d’or jetée aux exploitants d’éoliennes » est peut-être « la volonté de complaire aux écolos en encourageant les énergies nouvelles ». C’est vrai que c’est un investissement actuellement très rentable : 20 à 40 % de bénéfice par an, après impôt, garanti sur 15 ans (avis aux amateurs).





Il a oublié de dire que le coût des machines éoliennes est passé de 1.7 millions d’euro il y a trois ans à 2.2 millions aujourd’hui pour les plus performantes : l’investissement des exploitants a donc connu une sacrée augmentation car la plupart des matières premières ont vu leur coût flamber.



Eoliennes en off-shore.

Il a oublié de dire que le coût du démantèlement (mais il n’y a aucune raison de le faire) d’un parc éolien ne coûte pas : il rapporte grâce à la vente de l’acier. Par contre, le rachat des déchets d’une centrale, ça semble plus difficile, non ? Et nos centrales vieillissent.

Ce qui dérange ce journaliste, c’est la répercussion de la facture sur celles des consommateurs. Et alors quoi ? Oui, c’est vrai que la facture est devenue lourde, trop lourde pour les revenus modestes même. Mais est-ce la faute à l’éolien ou est-ce la faute de la France qui a choisi de tout investir à une certaine époque dans le nucléaire. Mais est-ce la faute à l’énergie renouvelable si une bonne part des Français vit dans la précarité et la pauvreté alors même qu’ils travaillent (c’est un peu comme le coût des loyers et de l’immobilier, voyez-vous : il serait temps pour le gouvernement d’investir dans une vraie politique de construction).

Autre conséquence probable selon l’auteur : la spéculation foncière sur les sites d’implantation : et bien tant mieux pour les propriétaires, qui sont en majorité des agriculteurs et qui pour certains ont en bien besoin étant donné leurs difficultés actuelles. Par ailleurs, ces sites rapportent aux communes par le biais de taxes, ce qui permet de lutter contre l’abandon des villages (les sites nécessitent des espaces suffisamment déserts), car cela leur permettra de se doter d’équipements collectifs (crèche, école,…).

Quand à ceux qui parlent de l’impact visuel d'une éolienne, (bien moindre à mon avis à côté de la pollution due au nucléaire), cela me fait rire : plus personne n’est choqué de voir des fils électriques partout, non ? Pourtant, je trouve ça vraiment moche et ce n’est pas de la faute aux éoliennes.

Aujourd’hui, la facture du nucléaire est lourde : le coût du démantèlement et de l’entretien des centrales nucléaires, qui paye l’addition, à votre avis ? Le coût du traitement des déchets, qui paye ? Le coût de l’impact écologique et sur la santé, qui paye ? Tous les étés, les centrales n’arrivent plus à se refroidir suffisamment : elles pompent dans nos cours d’eau (alors que les nappes phréatiques sont de plus en plus à sec et que tous les ans, en avril, on nous annonce que nous n’avons pas assez d’eau), elles rejettent de l’eau chaude dans les cours d’eau (on a observé une différence de 3° sur certains sites, ce qui est énorme écologiquement parlant).

On nous dit que l’éolien ne pourra pas remplacer le nucléaire, car pas assez productif : c’est vrai. Mais on se trompe de débat, il n’y a pas 36 solutions si l'on veut cesser de foncer droit dans le mur :

- Il faut changer notre manière de consommer l’énergie (consommer moins, consommer mieux, avec des machines de moins en moins gourmandes par exemple). Ceci pour les particuliers comme les industries.

- Il faut diversifier au maximum les sources d’énergies en développent au maximum le potentiel des énergies renouvelables (et l’éolien n’est pas la seule solution). Et investir dans la recherche pour rentabiliser au maximum les technologies de l'énergie propre.

Une fois que tout ceci sera fait, on verra bien.

 

Où croyez-vous que nous allons, la tête baissée, avec de telles logiques : dans un mur ? Quand la Chine voudra consommer comme nous, et je ne vois pas au nom de quoi ils ne pourraient pas y prétendre, comment ferons-nous ?

Autre effet bénéfique : la filiale EDF-Energies nouvelles se fixe comme objectif de devenir le leader en France de l’éolien. Elle n’aura donc plus à racheter l’électricité, mieux, elle fera elle aussi des bénéfices de 20 à 40 % par an sur ces parcs éoliens : j’espère bien que la cagnotte se répercutera sur nos factures ! Comment ça je rêve ? En attendant, ce cadeau fait aux investisseurs est en train de pousser EDF à devenir propre, pas par souci éthique ou écologique, mais qu’importe, non ?

Source image.

 

Edit : je tiens à remercier pour ses réponses le spécialiste éolien à qui je viens de soumettre l'article du Canard et qui a bien voulu répondre à mes questions sans filet.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Thulip 11/08/2006 08:04

@ Fred : super; merci pour l'info :-)

Fred 10/08/2006 21:17

Un article à paraître (En mars 2007) qui devrait "rassurer" ou "affoler" tout le monde : Rapport "Les scénarios énergétiques de la France à l’horizon 2050"

Thulip 10/08/2006 18:35

@ Mafalda : en effet, cela fait un moment que la technique des barrages est utilisée, mais elle ne l'a pas été dans une optique de préservation de l'environnement. Cela dit, il y a encore beaucoup de possibilités pour affecter le moins possible l'environnement, l'énergie marine me semble être un bon exemple, puisque l'on ne détourne pas un court d'eau et on ne le bloque pas non plus : à ma connaissance, il n'y a pas d'impact sur l'environnement avec l'énergie marée-motrice, sauf si imaginons que l'on construise une énorme centrale dans un estuaire : cela pourrait modifier le mélange des eaux, mais bon, c'est pas pire que les conséquences de la construction d'un port maritime...

mafalda 10/08/2006 15:03

@ Thulip : merci pour l’info chiffrée, c'est effectivement une bien bonne idée alors (l’énergie marine)...en tout cas, c’est un formidable potentiel pour l'instant.

Et je réitère, c’est beau une éolienne, je ne comprends même pas qu'on parle d'impact visuel (oui un champ c'est de suite beaucoup moins joli j'admets).
Comme le dit Metallah, l'éolienne est une bien plus agréable voisine que son amie la centrale.

Sur l’énergie hydraulique (15% donc actuellement), il me semble ça soulève d’autre problèmes devant lesquels je suis ma foi bien désarmée…
Certes l’énergie hydraulique est renouvelable mais quand on voit ce qu’impliquent les barrages (innondation de vallées, de villes, déplacements humains...voir par exemple, le barrage des Trois Gorges en Chine) ça me parait assez difficile de m’enthousiasmer là tout de suite. De toute façon, tous les pays n’ont pas le même potentiel hydroélectrique que la Chine ni la Norvège (je crois que 80% de l’énergie qu’ils consomment est hydroélectrique, le pétrole et le gaz ? pas fous, ils l’exportent !).
Reste celle sur le fleuve devant chez moi qui n'embête personne, mais forcément ça produit moins que les Trois Gorges, on peut pas tout avoir.

Bref pour moi c’est encore assez difficile de savoir comment réussir à concilier renouvelable-durable-équitable et j’en passe… vaste question
Notre salut est dans les vagues, sauvons la recherche !

Thulip 10/08/2006 14:00

@ Binette : Bienvenue :-). Qui plus est, les constructeurs ont fait de gros efforts sur les nuisances sonores. Qui plus est, la législation prévoit que ne peut pas installer les éoliennes à proximité des habitations : donc à moins d'être en-dessous, on n'entend rien. Qui plus est, on ne risque pas de trouver des éoliennes en milieu urbain : dans les champs, les forêts, au bord des autoroutes, oui. Il y a une foule d'études d'impact à faire avant d'obtenir un permis de construite : sur l'écosystème, sur l'impact visuel, tout est prévu, les constructeurs ne peuvent pas faire n'importe quoi. Il n'y a qu'à voir en Allemagne où cela se passe si bien depuis tant d'années (et pourtant beaucoup de leurs machines sont plus anciennes).